12 octubre 2013

Rivage d'abîme




Vuelvo después de un tiempo de silencio pero no vuelvo con cualquier cosa, vuelvo con un poema de Michel Feugain. Como es habitual me ha enviado un texto en francés que hemos traducido al español. Espero que les guste pues, como todos sus poemas, contiene un sentimiento único. Gracias Michel por compartir conmigo tu poesía y permitirme mostrarla.




Texto en francés

Rivage d’abîme

J’ai peur de ce rival qui brasse le sang de mon peuple
J’ai peur de ce rivage où s’échoue le soleil de l’espérance
J’ai peur de cette anthropophagie qui prend corps dans chacune des fibres de mon être quand je crois manger du poisson-cimetière de mes frères
J’ai peur de l’eau qui éventre la proue de cet embarcadère de fortune où l’infortune en est l’issue
J’ai peur de perdre pied dans ce tintamarre à l’assaut des cimes pour dire la décrépitude de mon peuple
J’ai peur de me noyer dans la léthargie de cette mort qui fauche l’espoir et le désespoir d’un ailleurs paradisiaque, mais hors de portée
J’ai peur de ce regard mortifère qui t’indiffère et cisaille le rêve juvénile de mes racines
J’ai peur de l’effroi, de la mort dans sa dentelle incandescente
J’ai peur du miroir où me hante ce peuple que je ne peux prendre dans mon éphémère providence
J’ai peur de leurs voix qui paralysent mes membres et raidissent mes desseins
J’ai peur de la vengeance qui hante mes nuits, met en feu le champ de blé en son trésor d’or
J’ai peur de cet écho qui scande l’échec de mon échec
J’ai peur de la colère lunaire où s’ébattent au soir, soupirent au matin ceux que j’ai laissés choir
J’ai peur de cet inventaire de folie et de misère
J’ai peur du courroux de la veuve
J’ai peur du regard de l’aveugle
J’ai peur de la boue du marigot
J’ai peur du chant du griot
J’ai peur de surcroît
J’ai peur de moi


 Texto en español

 

  La ribera del abismo
 

Temo al rival que mueve la sangre de mi pueblo
Temo esa ribera donde se apaga el sol de la esperanza
Temo el sentimiento de antropofagia que me invade al pensar que el pescado contiene los restos de mis hermanos
Temo el agua que destruye la proa de este embarcadero de fortuna donde el único final es la desgracia
Temo no hacer pie en ese estruendo para asaltar las cimas y contar la decrepitud de mi pueblo
Temo ahogarme en el letargo de esa muerte que roba la esperanza y la desesperación de un lugar paradisiaco que queda fuera del alcance
Temo esa mirada mortífera que te hace indiferente y trunca el sueño juvenil de mis principios
Temo al terror, de la muerte en su presencia incandescente
Temo al espejo donde se aparece ese pueblo al que no puedo acoger en mi efímera providencia
Temo sus voces que me paralizan y endurecen mis propósitos
Temo el ansia de venganza que horroriza mis noches, quema el campo de trigo, su tesoro de oro
Temo este fracaso que mide mi propio fracaso
Temo la cólera lunar donde retozan por las noches y suspiran por la mañana aquellos a quienes dejé caer
Temo este inventario de locura y de miseria
Temo la ira de la viuda
Temo la mirada del ciego
Temo el lodo de la marisma
Temo el canto del griot
Temo, hasta me temo a mi mismo.

1 comentario:

Anónimo dijo...

J’aime cette profonde réalité de l’être humain et de cette faiblesse qu’il représente pour lui et pour les autres, parce qu’il ne peut venir en aide qu’à lui-même et qu’il ne parvient, de ce fait, pas à profiter pleinement de son bonheur car il le vit au détriment des autres (J’ai peur de cet écho qui scande l’échec de mon échec).
C’est bien avoir peur qui angoisse … et c’est la prise de conscience de cette peur qui nous tétanise.